American Rhapsody
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Jeudi, octobre 10 2013

Stop the presses!

Je ne sais plus qui parmi vous me demandait récemment des nouvelles du Surfeur Nase. Enfin, je dis « récemment », mais vous m'en demandez en fait régulièrement, grands malades que vous êtes, alors que moi, vous m'excuserez, mais je m'évertue à l'oublier. Figurez-vous que je me porte très bien quand aucun de mes collègues ne vient expliquer à mes seins que quand même, faut bien comprendre, c'est scientifiquement prouvé, qu'une femme ne pourra jamais être aussi bonne en maths qu'un homme[1].

Et voilà-t-il pas que je tombe sur lui.

Virtuellement, par chance, il ne s'agissait que des autoroutes de l'information mondiale et planétaire. Ouf. Rien que de voir sa tronche en 25 pixels par 25, tronche manifestement toujours aussi ardemment mal peignée par ailleurs, j'ai soudain regretté d'avoir dîné. Ou mon dîner a regretté d'être dans mon estomac et a décidé de s'en échapper, comme vous voudrez. Bref, heureusement que je ne suis pas tombée sur lui pour de vrai.

Ouf, sauf que. Ce crétinoïde profond est maintenant chercheur postdoctoral. Sur un des plus chouettes campus du monde. Donc non seulement cet être infréquentable traîne désormais ses guêtres au bord de l'océan en toute impunité, mais en plus il lui ont filé sa thèse. Son diplôme sur papier épais embossé d'or. Le même que celui que j'étais si fière d'avoir obtenu. Bon, certes, ils l'ont probablement fait pour qu'il se barre, loin, en courant. Mais putain. Il ne me reste plus que la signature du Governator sur le mien (et pas sur le sien, niak, niak, eh ouais mec, fallait soutenir quand c'était encore lui le patron) pour me consoler.

Par là-dessus, je vous présente ça comme si c'était tout frais tout nouveau, hold the presses interrompez les programmes, mais figurez-vous que ça date. D'il y a plus d'un an. Et que depuis que Trouduc en chef a commencé à coller un grand D et un petit R devant son nom, j'y suis passée, moi, sur le campus où il balade désormais ses chemises ouvertes et son machisme de petite frappe. Je m'y suis baladée moi aussi, j'en ai visité les recoins, j'y ai comparé les cafés, j'y ai mouillé mes pieds dans l'océan.

Et je ne l'y ai pas croisé.

Je l'ai échappé belle.

Mais quelqu'un aurait pu me prévenir, quand même.

Note

[1] Même pas la peine de crier « et Emmy Noether, c'était un chien ? » quand n'importe qui dans le département, y compris et je sais c'est difficile d'y croire, n'importe laquelle des femmes du département, a l'esprit plus scientifique que l'éponge un peu moisie qui lui sert de cerveau.

Lundi, février 18 2013

Charmante

Pour une raison qui m'échappe, je suis encore en colère contre une zoïle rencontrée récemment qui refuse d'envisager que mon opinion sur la correction d'une tournure de phrase en anglais puisse s'être formée sur une autre base que l'expression correspondante en français.

— Moi : « Oui, c'est la traduction littérale de l'allemand, mais je ne crois pas que ça se dise comme ça. »

— Elle : « Ah, ce n'est pas comme ça que ça se dit en français ? »

— Moi : « Non plus, mais surtout ce n'est pas comme ça que ça se dit en anglais. En tout cas je ne crois pas avoir jamais rencontré cette expression. »

— Elle : « Pour ce que ça vaut. »

Charmante.

Obsolètes à prise rapide, sur une idée de Franck, collectés ici par le même. Le 18 février : zoïle.

Mercredi, janvier 16 2013

Le dégoût : Post Scriptum

Comme j'ai du mal à garder la tête froide face à tant de haine et d'hypocrisie (le sentiment d'injustice et la mauvaise foi venimeuse me paralysent, que veux-tu), il y a un certain nombre de choses que j'ai oublié de mentionner dans mon billet d'hier.

Que voici donc.

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Mardi, janvier 15 2013

Le dégoût.

Vlan !

Une gifle.

Les larmes que je m'efforce d'empêcher de monter à mes yeux.

L'envie de reculer, de m'accroupir dans un coin sombre, de me recroqueviller sur moi-même.

Je mords ma lèvre.

Je ne pleure pas.

C'est l'effet que me fait le slogan « un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants ». A chaque fois.

Quand j'étais petite, j'avais un papa. Vaguement. Et une maman. Beaucoup. Un papa qui, figure-toi, mentait comme un arracheur de dents. J'ai eu de la chance : entre ma maman, qui a fait bouclier, mes rondelles de saucisson sur les yeux, qui sont épaisses, et le fait qu'on se voyait pas tant que ça, je ne m'en suis pas rendue compte avant d'être adulte. J'ai dégusté, mais je me suis relevée, même s'il m'arrive encore régulièrement de trébucher. Comme à chaque fois que trois cent cinquante mille français bouffis d'intolérance déferlent dans les rues de Paris pour me dire que c'est nécessairement mieux, d'avoir un papa et une maman. Et que ce serait de dire aux enfants qu'ils ont autre chose qu'un papa et qu'une maman, que leur famille n'est pas exactement comme dans les livres d'école avec un papa qui travaille, une maman qui fait la cuisine, un petit frère qui joue au fout, une grande sœur qui se maquille, un chien qui joue à la balle et un monospace, qui serait leur mentir.

(Certes, j'ai été élevée essentiellement par une mère célibataire et les résultat sont là : je suis gauchiste, je suis féministe, j'ai un boulot de mec, je suis célibataire et je m'en fous, et il m'arrive même parfois de ne pas me raser sous les bras pendant plusieurs mois d'affilée. Échec sur toute la ligne.)

Je ne peux que m'imaginer que ces coups de genou que je me prends dans les gencives devant chaque pancarte, chaque radio-trottoir, chaque commentaire du Figaro[1], les homosexuels se les prennent au centuple.

Gens qui défiliez dimanche, gens qui passez à la télé pour expliquer que vous n'êtes pas homophobes mais l'homoparentalité, c'est mal, gens qui laissez des commentaires mal orthographiés sur les sites d'information pour dire que le mariage homosexuel, c'est la chute de la civilisation : vous me répugnez. Vous êtes abjects, dégueulasses, intolérants[2], haineux, puants. Non seulement vous êtes trop étroits d'esprit pour pouvoir considérer un instant que les homosexuels soient des gens comme les autres et qu'être élevé par deux personnes du même sexe ne soit pas plus anormal que d'être élevé par une seule personne, ou une famille nombreuse, ou ses grands-parents, ou sa grande sœur, ou une gouvernante, et autrement plus enviable que d'être élevés par des parents absents, qui boivent, qui se tapent dessus, qui tapent sur leurs gamins ; mais en plus vous vous cachez derrière le minable prétexte du bien-être des enfants, et ça, c'est impardonnable. Si les homosexuels sont des gens comme les autres, ce sont des parents comme les autres. Point barre.

Qu'est-ce que ça peut vous foutre, bande de minables, le sexe et la vie sexuelle des gens ? Qu'est-ce que ça peut vous foutre, que quelqu'un ait un pénis ou une paire de seins[3] ? En quoi ça vous regarde, avec qui couchent des gens que vous ne connaissez même pas ? Et qu'est-ce que ça peut bien changer à l'éducation d'un gamin ?

Rien, voilà tout. Rien, à part l'effondrement de vos frontières mentales et du combustible avec lequel vous alimentez votre sentiment de supériorité.

Parfois il m'arrive d'espérer que Dieu existe et que vous brûlerez tous en enfer. Et que vous y serez pédés.

Notes

[1] Oui, je sais, faut pas. Je le fais quand même.

[2] Non qu'il soit mieux d'être tolérant : cela suppose d'une part une certaine grandeur d'âme, de l'autre qu'il y ait quelque chose à tolérer plutôt qu'à accepter avec l'indifférence réservée aux choses les plus absolument banales.

[3] ou les deux, ou ni l'un ni l'autre, mais bon, je doute que vous soyez prêts à admettre que ça existe.

Mercredi, décembre 19 2012

Rentrer en France

L'Internet francophone, qui se composait aux alentours de 2007 d'environ un tiers de pornographie, un tiers de photos de chats, et un tiers de blogs d'expats, aime à se pencher régulièrement sur la question de l'expatriation hors de France, et à se demander s'ils n'auraient pas raison, tous ces gens qui quittent la France : après tout, c'est un pays pourri.

D'où, récemment, Barrez-vous et David Abiker.

Je ne suis pas partie parce que je trouvais que la France s'acharnait contre les jeunes, qu'elle était détestable, et qu'elle sentait des pieds. Je suis partie, certes aidée par un demi financement de thèse manquant, parce que l'occasion s'en est présentée ; j'avais vingt ans, le labo était fantastique, c'était le moment où jamais d'aller un peu voir ailleurs. J'ai voulu revenir en Europe, sans forcément que ce soit en France, et c'est comme ça que je goûte maintenant à la Germanie.

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Jeudi, novembre 15 2012

Trois pourcent des sympathisants FN

... ne trouvent pas qu'il y ait trop d'immigrés en France.
Ou alors ils n'ont pas compris la question, on ne saura jamais.
(Info via Aurélia Dalma.)

Une brève escapade parisienne, histoire de me livrer à quelques obligations et festivités familiales (dans lesquelles il me semble juste, à la réflexion, d'inclure la très réussie soutenance de thèse de ce jeune homme).

Moi, au kiosquier auquel nous achetons d'habitude le journal : « Ah, chouette, vous êtes ouverts aujourd'hui !

— Ah, vous savez, c'est pas terrible en ce moment. Les livreurs, ils livrent à la tête du client, alors nous, vous comprenez (geste désignant sa tête, basanée), on l'est pas toujours. Livrés, ajoute-t-il devant mes yeux ronds.

— Hein ? Mais c'est dégueulasse !

— Oh, bah de toute façon, c'est pas comme si on avait toujours envie d'ouvrir, vu ce qu'on entend. Là, en ce moment, ça reparle de l'affaire Merah, les gens agitent le journal, ils me disent « t'as vu ? t'as vu ce qu'il a fait ton copain ? ».

— ... putain, c'est ridicule. Bon ben voilà Monsieur, 2 euros 50 tout pile.

— Merci Madame, bonne journée à vous.

— Merci bien. Vous aussi ? »

Et sur ce, je me suis barrée, retournant lâchement à ma vie de presque blonde aux yeux bleus et à la peau claire, dans laquelle je peux me permettre en toute tranquillité de regretter de ne pas avoir emprunté aux chromosomes paternels ni les beaux cheveux noirs bouclés, ni la peau mate résistante au soleil.

Jeudi, juin 7 2012

Stop all the clocks, cut off the telephone

Il y a des gens qui vous touchent de loin.

Des gens que l'on croise ici où là, au détour d'un carnet, d'un commentaire, via un retweet, parfois jusque dans sa boîte électronique, et une fois même, il y a des années, en vrai.

Des gens que l'on connaît, finalement, un peu. Leur si jolie histoire, la rencontre de deux carnettistes qui avait mis un bout de blogosphère en joie. La naissance de leur fille. L'annonce de son cancer à lui.

François Granger est mort hier matin.

De cette brève rencontre je me souviens de sa gentillesse encore plus tangible en personne que quand elle crevait l'écran de mes ordinateurs successifs, et de la chaleur de leur amour.

Mes pensées vont à Luce, à Louise, à leurs proches.

Je me contrefous du décès de Ray Bradbury.

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Les plus justes mots de gens qui le connaissaient bien mieux, en échos à travers la Toile, chez Anne, Franck, Laurent, Otir, Samantdi, et Tarquine.

Dimanche, mai 6 2012

Un joli dimanche de mai

L’Allemagne a découvert, au lendemain du premier tour des élections présidentielles, l'existence de François Hollande. Mieux vaut tard que jamais, me diras-tu, mais la certitude que la communauté internationale avait jusqu'alors de la réélection du président-à-sortir me donne froid dans le dos. Et surtout, mes collègues de Munich (dont quelques docteurs en médecine bavarois dont, sans vouloir tomber dans des stéréotypes crasses, je ne suis pas certaine de vouloir connaître les vues politiques en détail) se sont soudainement empressés de s'enquérir de mon analyse ô combien éclairée de la situation politique française, ce qui a rendu cet entre-deux-tours encore plus douloureux que nécessaire.

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Jeudi, mars 8 2012

Aujourd'hui féminité

OH FOR FUCK'S SAKE GO THE FUCK AWAY.

Vendredi, mai 20 2011

Ce que je retiens de l'Affaire

Non pas Dreyfus, mais DSK (les Juifs sont partout et moi aussi je peux faire de l'humour de merde).

(1) La France est un pays dans lequel beaucoup, beaucoup de Gens Importants considèrent que les Gens Importants doivent être traités avec la déférence qui leur est due du fait de leur importance et non pas comme les autres criminels, et n'hésitent pas à le dire.

(2) La France est un pays encore très, très sexiste. cf. « Humour franchouillard ».

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Je lis

Surtout des polars. À l'occasion, des romans de fantasy loufoque, du théâtre, de la littérature chinoise traduite en italien (j'ai des amis formidables), des vrais livres bien écrits.

J'écoute

of Montreal, Caravan Palace, the Ditty Bops, Dango Reinhardt, the National, Minor Majority, Léo Ferré, Beethoven, Sonny Rollins, Laura Marling, Erlend Øye, Hjaltalin, Sufjan Stevens, Yuri Bashmet. Entre (nombreux) autres.

Je suis

occupée ouh là beaucoup très très, enchantée par Oscar Wilde (One should always be a little improbable), vaguement improbable, toujours aussi liberté, égalité, schtroumph 1er (merci Plantu).

Pensée profonde

"Partir, c'est mourir un peu. Mais mourir, c'est partir beaucoup."
[Alphonse Allais]

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