Get off the bandwagon and put down the handbook
Je croyais être à court de chansons, mais en fait, non. Continuons donc le récit de mes folles aventures là-haut dans le nord.
Mardi matin, science (précédée d'un réel bien que peu goûteux petit-déjeuner). Plein de choses passionnantes pour des chémoinformaticiens de notre acabit, mais de peu d'intérêt pour le lectorat assidu de ce blog. Nous soupirons tous trois de concert lors des inévitables questions qui assaillent le type qui vient de présenter la suite logicielle open source produite par son entreprise, sur l'éternel mode du « mais si vous le distribuez gratuitement, comment gagnez-vous de l'argent ? ». Nous prenons fébrilement les mêmes notes, marque certaine de nos centres d'intérêts communs, et pouffons sous cape, peu charitablement, lorsqu'un chimiste se débat avec des concepts mathématiques qui le dépassent un peu.
Nous sommes conviés à un déjeuner avec d'autres membres de notre division (la conférence accueillant un peu moins de dix-huit mille chimistes, il a été jugé judicieux de les séparer par centres d'intérêts), une grande affaire avec trop de couverts et des plats délicats. Un exposé par un intervenant distingué nous est servi avec le dessert (une mousse aux trois chocolats avec son coulis de kiwi, selon moi ; un dessert au chocolat avec un truc vert dessus, selon R ; ah, je croyais que c'était un coulis de framboise, selon M, qui est daltonien) et achève de nous endormir. Le sujet est intéressant, de même que l'histoire du conférencier (qui a abandonné sa thèse au dernier moment et monté sa propre boîte — pour répondre à des obstacles qu'il avait rencontré pendant ses années de doctorat — au lieu de la rédiger), mais le discours vaguement pontifiant traîne en longueur pendant que le chocolat pèse sur nos estomacs.
R désire rencontrer quelques industriels ; M et moi, en puristes académiques, fronçons le nez et retournons à l'hôtel préparer nos exposés respectifs. Le mien est plus ou moins en place mais je souhaite explorer quelques unes des pistes ébauchées par mes interlocuteurs de dimanche soir. Un peu plus tard, je me sens satisfaite et embarque M pour un cappuccino dans une coffee shop renommée (R ne buvant pas de café, nous profitons de l'occasion). Il retourne à ses préparatifs pendant que je me dirige vers le SFMoMA, que je visite seule avec plus de plaisir que la fois précédente, ne m'étant pas attendue cette fois-ci à une pléthore d'œuvres digne du vrai MoMA. J'apprécie de passer exactement autant de temps que je le désire devant chaque œuvre, me permettant de parcourir rapidement les salles qui ne m'inspirent guère ou de m'attarder devant un tableau qui m'attire l'œil. Je prends des photos, bien évidemment, puisque c'est permis ; une gardienne pourtant m'approche alors que je tape un mobile de Calder, m'informant qu'il s'agit d'une des deux seules pièces que l'on ne peut pas photographier ; je me garde bien de lui dire qu'il est un peu trop tard... Mes photos licites sont chez Mr Flickr comme il se doit.
Plus tard, je retrouve mes voisins de bureau (car, oui, R et M sont les gars du bureau d'à côté) pour une série de posters accompagnés de quelques Anchor Steams. R est le seul d'entre nous à présenter, ce soir, et M et moi prenons de temps en temps sa relève ; nous sommes ravis d'être capables de répondre de façon satisfaisante à une écrasante majorité de questions. Le reste du temps, M et moi nous baladons de poster en poster, prenant note de pistes potentielles pour nos travaux respectifs, distribuant mes cartes de visites, et parlant à maintes reprises d'un de mes projets. Après quelques heures, je regrette amèrement de ne pas avoir choisi le projet en question pour ma présentation, il attirerait beaucoup plus de monde que l'exposé que j'ai préparé, et qui raconte à 75% la même chose que celui de M. « Ben, t'as qu'à changer ! » me dit R, plein de bon sens, et je me mets à contacter des gens dans tous les sens pour savoir si j'ai le droit de parler de quelque chose de radicalement différent du titre et résumé publiés, et est-ce que ça les intéresserait ?
Quelques heures plus tard, après un bref dîner et une petite promenade digestive au cours de laquelle nous distribuons généreusement quelques dollars parmi les divers musiciens de rue qui font la manche ici et là, il est devenu clair qu'il me reste un jour et demi pour complètement refondre mon exposé. Mais je sers la science, et c'est ma joie.

