Avant propos : Quelqu'un aurait pu me faire remarquer que j'avais écrit « compte » au lieu de « conte » dans le titre du billet précédent (erreur désormais immortalisée dans l'URL que je n'ose changer).

L'affaire continue.

Tout d'abord, au cas où vous n'auriez pas lu les commentaires, mon Ange m'a fait remarquer que la demoiselle qui a assisté au faux bal de prom' n'était pas la petite amie de Constance, mais une autre jeune fille, les parents de la première ne voulant pas la laisser se rendre à la fête en question. Je doute qu'ils aient uniquement cherché à protéger leur fille des quolibets des autres étudiants.

J'ai ensuite lu le témoignage d'une des camarades de classe de Constance. Comme quoi si Constante n'avait pas tellement essayé d'attirer l'attention sur elle, n'avait pas attaqué le district alors que ses camarades n'étaient pas vraiment pour, ils n'auraient pas eu besoin de faire une fête à part sans la drama queen de service pour tout gâcher. Et que vraiment, c'est dégueulasse que maintenant on leur en veuille pour autant ! Ils trouvaient juste qu'il n'y avait pas de raison pour qu'elle puisse jouer la carte de la discrimination pour obtenir ce qu'elle voulait ! En clair, si elle n'avait pas fait chier le monde à vouloir gâcher leur bal en s'y ramenant avec sa copine au lieu de se trouver un mec pour l'occasion ou de rester cloitrée chez elle, on en serait pas là.

Je suis ensuite tombée sur un album photo sur Flickr, retiré depuis, une collection de captures d'écran des pages Facebook des camarades de classe de Constance qui les avaient laissées en accès public. J'ai cliqué sur une, puis deux images, puis le sentiment de voyeurisme s'est mêlé à l'atterrement créé par ce que je lisais, et j'ai fermé la fenêtre. Je me souviens néanmoins d'un des statuts, cette citation de Terry Pratchett, The problem with having an open mind, of course, is that people will insist on coming along and putting things in it (Le problème, quand on a l'esprit ouvert, bien sûr, c'est que les gens insistent pour se ramener et mettre des choses dedans), utilisée manifestement sans la moindre de l'ironie originale de l'auteur[1].

Parmi les histoires qui remontent à la surface (c'est dingue ce qu'on trouve dès qu'on commence à remuer la vase des États du Sud), celle de Derrick, du lycée de Bleckley County, situé à Cochran, en Géorgie. Lui a obtenu le droit d'amener son petit ami au bal de prom', mais ce sont les autres lycéens qui manifestent pour l'en empêcher. Le problème ? Oh, ce n'est pas que Derrick soit homosexuel, ça, ça ne les dérange pas ; c'est juste qu'avec toute l'attention portée par la presse à cette affaire, après, les gens vont croire que la ville de Cochran est pro-homos, et il faudrait voir à ne pas pousser le bouchon trop loin. Une des étudiantes ne lui reproche pas d'être gay, non, pas du tout, c'est juste le fait d'attirer l'attention sur lui comme ça, et puis, elle ne va pas danser au milieu de pédés pour son bal de prom' !

Notons au passage que (1) ses parents l'ont viré de chez eux et (2) son père est l'« enseignant de l'année » du lycée. Ça ne s'invente pas.

Et puis au cas où on croirait qu'il n'y a que le Sud, il y a aussi l'histoire de Phoebe, étudiante irlandaise du lycée de South Hadley dans le Massachussets, poussée au suicide par ses camarades qui la harcelaient. Comme quoi c'est vraiment pas difficile, d'être différent.

Y a des jours comme ça ou il n'est vraiment pas facile d'éprouver la moindre sympathie pour la race humaine.

Notes

[1] Je ne suis pas sûre que le lien marche, mais on peut consulter le passage correspondant sur Google Books.