C'est bien au moins quand je vais rentrer en France et que tout le monde s'en donnera à cœur joie pour dire du mal de ces salauds d'étrangers basanés en général et des Rroms en particulier je ne serai pas dépaysée. Je fais ma maligne mais, les nerfs à fleur de peau de la toute proche fin de thèse aidant, je pleure en lisant les infos, tellement tout ça me débecte et tellement je me sens impuissante.

L'ONU nous rappelle à l'ordre en raison « d'une augmentation récente des actes et manifestations à caractère raciste et xénophobe » ; quelqu'un se souvient de pourquoi elle a été créée, cette ONU ?

Kouchner, qui s'est manifestement procuré des rondelles de saucisson de première qualité pour se les coller sur les yeux, nous rassure benoitement que non mais pas du tout nous ne stigmatisons aucune minorité ; en parlant de Benoît, le souverain pontife soi-même rejoint Christine Boutin, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin pour former une belle brochette de gens avec qui je pensais politiquement n'être jamais d'accord pour dire que quand on passe les bornes il n'y a plus de limite.

Les sondages annoncent des nombres de plus en plus exorbitants de Français favorables au renvoi des manouches, ces sales voleurs de poules et d'enfants, dans une Roumanie ou une Bulgarie qui n'en veulent pas plus qu'eux.

Et moi je voudrais secouer comme des pruniers les commentateurs des sites d'information en ligne qui se font un plaisir de m'informer que le contribuable français en a assez de payer pour ces bons à rien d'immigrés. Je rétorquerais bien que cette contribuable-là préfèrerait que ses impôts aillent à des réformes sociales permettant de meilleures conditions de vie à ces gens-là (ainsi qu'aux autres salauds de pauvres et de chômeurs) mais il se trouve que je ne contribue justement pas le moindre euro d'impôt.

À la place les dollars que je paye servent, localement, à des transports en communs quasi-inexistants, des routes qui réveillent mon hernie discale, des coupes drastiques dans le budget de l'éducation, la fermeture d'un certain nombre de parcs mineurs, et le déploiement des forces armées à la frontière mexicaine ; et nationalement, à une non-réforme de la non-santé, à la guerre en Irak et en Afghanistan, à Guantanamo, et, j'ai failli l'oublier dis-donc, à une augmentation récente du budget de la recherche.

En droite ligne de ces bals de prom ségrégationnistes, nous avons aussi appris aujourd'hui qu'un collège du Mississippi organisait encore cette année des élections des délégués de classe dans lesquelles chaque poste ne pouvait être primé que par un candidat d'une certaine couleur : blanche pour président(e) de classe, noire pour vice-président(e) de la classe 8 mais blanche pour vice-président(e) de la classe 6 ou 7, et le reste à l'avenant. Par ailleurs, les enfant métis détonant dans cette belle organisation, on a expliqué à la mère de l'une d'entre eux qui s'en plaignait que dans ces cas-là la couleur de la mère primait, « le père issu d'une minorité étant souvent absent du domicile ». La procédure, s'est expliqué face aux attaques des médias et des parents le proviseur du collège de Nettleton avant de l'abroger, datait d'il y a trente ans (ce qui nous fait tout de même du 1980), époque à laquelle elle avait été mise en place pour « assurer la représentation des minorités et leur implication dans le corps étudiant ».

Et après les gens te disent que l'Amérique est post-raciale, le Président est noir (d'ailleurs l'Amérique est post-sexiste aussi, le féminisme ne sert à rien, si les femmes sont payées 77 cents pour chaque dollar gagné par un homme, c'est parce qu'elles choisissent de flinguer leur carrière en ayant des gosses). Je ne sais pas si tu as remarqué, ces gens-là sont les mêmes qui te disent qu'ils ne sont pas homophobes, ils ont un ami gay, ni racistes, ils ont un ami noir. S'il n'a pas de bol, c'est le même, et cette belle amitié lui donne l'occasion de rigoler jaune à tout un tas de blague de bon goût. Moi, je l'avoue, je n'ai pas d'ami(e) noir(e), ni d'ami(e) homosexuel(le). (Il est vrai que je n'ai pas des masses d'amis.) Tires-en les conclusions que tu veux.

Et après cette longue diatribe (à l'origine je n'avais l'intention d'écrire que les deux premiers paragraphes), je retourne à ce que je fais de mieux en ce moment, c'est-à-dire chercher la réponse à des questions qu'on ne me posera probablement pas mardi.

Addendum Si vous ne l'avez pas lu, le premier billet de Maître Eolas sur le sujet des Roms regorge d'informations utiles et d'arguments à opposer aux commentateurs des sites d'information (ne serait-ce qu'en les criant à son écran, car je déconseille de s'engager dans un « débat » dans ces conditions-là).