American Rhapsody
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samedi 15 mai 2010
in All Of Me

Interruption des programmes

Momentanée, en ce qui concerne la série scientifique qui vous tient en haleine.

Définitive, en ce qui concerne mon grand-père. Il avait encore toute sa tête mais son corps de presque 95 ans ne suivait plus. Il a eu la joie de passer de très bons derniers moments en compagnie de chacun de ses trois enfants, venus tour à tour s'occuper de lui pendant que ma grand-mère subissait une opération de la hanche. Je n'ose imaginer la violence du coup que le décès de son compagnon de plus de 65 ans lui porte.

Je voudrais pouvoir vous le raconter, mais les mots ne remplaceront jamais mes souvenirs de lui. Il était juste et bon, intelligent et plein d'humour, passionné de bridge et de gadgets électroniques. Il parait qu'il dansait admirablement le tango. Quand je décroche le téléphone en français, mon « allô » a les mêmes intonations que les siennes.

L'enterrement aura lieu mardi, sans moi, qui n'aurai jamais plus regretté d'être à neuf milliers de kilomètre de ma famille. Je ferme les commentaires mais ma boîte mail de même que mon téléphone acceptent les condoléances sans fleurs ni couronnes.

jeudi 13 mai 2010
in I Know A Little Bit About Biology

Mets ta blouse blanche et suis-moi (3)

Précédemment, dans Santa-Barbara (enfin, à 200 km au sud) : épisode 1, épisode 2.

Mais non, voyons, je ne t'ai pas oublié ! C'est juste que pendant quelques jours j'étais trop occupée à faire de la recherche pour avoir le temps de t'en parler en plus. Pour tout te dire, mon objectif refuse de converger (si si, c'est une vraie phrase qui veut dire quelque chose), mes optimisations quadratiques aussi, genre c'est la grève générale, et j'ai une saleté de co-enzyme qui refuse de rentrer dans sa poche malgré tous mes efforts et je me bats pour arriver à faire tourner le seul pied de biche qui me soit venu à l'esprit. C'est pas que je sois frustrée, mais un peu, quand même.

Par contre, côté expériences de laboratoire, ma protéine a cristallisé, et ça, c'est la bonne nouvelle de la semaine.

Enfin tu auras remarqué que si tu ne sais toujours pas à quoi je sers, au moins j'ai l'air de savoir en parler avec des mots compliqués.

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dimanche 9 mai 2010
in I Know A Little Bit About Biology

Mets ta blouse blanche et suis-moi (2)

La suite de ça.

T'as remarqué le titre de la catégorie ? Ça vient de I Don't Know Enough About You, que tu peux écouter . Puis tu peux aussi regarder, surtout si comme moi tu peux passer des heures, fascinée, à regarder des mains bouger sur un piano, les trois premières minutes sont quasi-pornographiques. Oui, je m'intéresse facilement aux mains des gens. Oui, la première fois que j'ai regardé cette vidéo en cherchant un extrait pour ce billet, j'ai su que c'était bien la version par Diana Krall, parce que j'ai reconnu ses mains.

Bon, ça va, je suis quand même pas la seule à aimer les belles mains qui savent ce qu'elles font, non ?

Je, euh, ... oh, on parlait de science ici ! J'avais dit qu'on causerait un peu d'ADN, et quand on parle d'ADN, on mentionne 1953, et la découverte de la structure en double hélice par Crick et Watson Rosalind Franklin, c'est obligé.

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samedi 8 mai 2010
in Trav'lin' Light

Soixante-cinq ans plus tard

La plupart d'entre vous le savent déjà, mais das ist offiziell, j'ai obtenu le poste de chercheuse post-doctorante en Germanie dont j'avais commencé à rêver il y a cinq ans (à l'époque où je n'envisageais pas du tout de faire ma thèse ailleurs qu'en France mais trouvais que, pour un an ou deux, l'Allemagne, ce serait bien chouette, d'autant plus au vu de l'excellente qualité de certains labos — et c'est bien l'un d'entre eux que je rejoins).

Je tenais à en faire l'annonce aujourd'hui (je suis un poil en retard sur l'heure européenne), pour le 8 mai, en l'honneur de mon grand-père maternel, qui pensait que de cultiver les liens franco-allemands en faisant connaitre l'Allemagne aux Français et réciproquement était la seule façon d'éviter une nouvelle guerre entre nos deux pays. Je ne l'ai jamais connu, mais sa veuve et sa cadette m'assurent qu'il aurait été très heureux de me savoir vivant en Allemagne.

Date de début à fixer, mais au plus tard ce sera pour janvier 2011. Il ne me reste plus qu'à boucler 5 projets, écrire ma thèse, la soutenir, dormir, voyager, déménager, dormir, passer plein de temps avec mes amis et ma famille, dormir, et réapprendre à parler allemand. (J'ai vérifié, c'est bien mon nom sur le Zentrale Mittelstufenprüfung décerné avec mention bien en 2004 ; pourtant aujourd'hui j'ai du mal à me souvenir comment il est arrivé là).

Et au passage, Tübingen-Paris, c'est cinq heures de train.

jeudi 6 mai 2010
in I Know A Little Bit About Biology

Mets ta blouse blanche et suis-moi (1)

(Nan, je déconne. Mais mets un pull, ça caille dans nos bureaux, le thermostat est réglé sur la salle des machines.)

Parce que je ne passe manifestement pas suffisamment de temps à écrire à propos de ma recherche ces jours-ci (ce qui est, d'ailleurs, objectivement vrai : j'ai beaucoup trop de modèles à mettre au point et de calculs à faire tourner pour écrire), j'ai décidé que maintenant était le moment ou jamais de parler un peu plus en détail de ce à quoi j'occupe mes journées.

En dehors d'aider une cristallographe de haut vol à battre un biochimiste aux échecs pendant qu'on grille aux rayons X des cristaux amoureusement préparés (tu sais peut-être, ami lecteur, que je ne sais pas jouer aux échecs ; mais enfin je ne sais pas non plus collecter des cristaux, et ne crois pas que cela me retienne), je veux dire.

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lundi 26 avril 2010
in Stormy Weather

Bullshit.

Attention : Âmes sensibles (et innocentes) qui ne s'en seraient pas doutées à la lecture de ce titre, le billet qui suit est rempli de gros mots (dont certains en anglais). Plus qu'à l'habitude, oui oui.

Ou, en d'autres mots qui me sont venus à l'esprit, what the goddamn flying fuck?

C'est une presque banale histoire de voile, encore une, qui a explosé d'une façon tellement magistrale qu'il y en a partout sur les murs (the shit hit the fan, diraient les anglophones) et que la France entière semble encore complétement désorientée par la force de l'impact. Moi, personnellement, j'en suis le cul par terre.

Une nana se fait arrêter pour conduire avec un niqab qui lui restreint la visibilité, bien que ce ne soit manifestement pas un motif juridique valable, mais bon, à ce stade, passons.

Comment ça, passons ? Oh, moi aussi je me posais des questions, je m'apprêtais à m'indigner, une femme qui se prend une prune injustifiée, c'est moche, en plus y a un rapport avec le foulard, sujet chaud-bouillant s'il en est, comme par hasard, tiens. Mais le truc a pris des proportions telles que, bon, le coup de l'amende, c'est du détail distrayant, treize ans et demi maximum, à ce niveau-là.

Ça commence mal, très mal.

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samedi 24 avril 2010
in Salt Peanuts

Non mais comment veux-tu

Comme à chaque fois que Facebook décide de mettre en place une nouvelle de leurs brillantes idées leur permettant de se faire des sous sur le dos de leurs utilisateurs[1], j'entends autour de moi gronder et menacer de quitter le site.

Il est vrai qu'ils me font suer.

Malheureusement ma vie sociale se passe difficilement du bébé de Zuckerberg (les gens n'invitent plus jamais personne par email — et encore moins par téléphone — ces temps-ci, et pas moyen de voir une seule photo de soirée en dehors de Facebook), il y a des brassées de personnes que je n'ai pas d'autre moyen de contacter, et j'adore raconter des bêtises dans mon statut. (Tu vas me dire, j'ai un compte Twitter ; certes, mais c'est pas le même lectorat.)

Donc je perds mon temps à vérifier régulièrement mes paramètres, bloquer des trucs dans tous les sens, et vérifier que seuls des contacts triés sur le volet aient accès aux informations les plus personnelles.

C'est usant.

Surtout quand c'est pour voir ce genre de choses (car hélas, ce n'est pas parce que je ne donne pas accès à mes élucubrations aux gens que je n'ai pas cherché à revoir depuis la 3ème, qu'eux se gênent pour me faire partager les leurs, et je ne suis pas toujours aussi prompte qu'il le faudrait à utiliser le bouton « Cacher ») :

Une conversation que... faut voir l'image pour saisir l'ampleur du désastre

Je te signale au passage que toutes les personnes impliquées dans cette conversation sont des parents.

Notes

[1] Tu ne veux pas que les « sites partenaires » aient accès à tes données personnelles ? Va donc décocher la petite case « Autoriser » dans Compte > Paramètres de Confidentialité > Applications et sites web > Personnalisation instantanée. Je ne peux que te recommander de fouiller dans toutes les options de « Paramètres de Confidentialité » pour t'assurer que les choses soient bien réglées comme tu le souhaites. Attention, Warning, Vorsicht, Cuidado, Forsigtig, Attenzione! (Non metterre le mani sulle porte, rischi de farti schiaccarle le dita) ce n'est pas fini ; si tu ne veux pas que tes amis puissent partager tes données personnelles avec lesdits sites partenaires, il faut aussi aller bloquer une par une les applications Docs.com, Pandora, et Yelp en utilisant le lien « Bloquer l'application » sur chacune des pages correspondantes.

mercredi 21 avril 2010
in All Of Me

Faudrait arrêter de m'acheter des bouquins. Ou pas.

Lecteur, lecteuse, je me remets doucement de ma sinusite à grands coups d'amoxicilline (sus aux bactéries !) et d'une deuxième visite chez le médecin. Étant bien loin d'avoir la capacité intellectuelle de discuter de choses intéressantes (par exemple, faut-il psychanalyser d'office les gens qui préféreraient monter dans un avion qui a de bonnes chances de tomber plutôt que de ne pas partir en vacances ? Pourquoi la presse semble-t-elle plus s'inquiéter du sort de l'équipe de France que de celui des gamines de seize ans qui se prostituent ? Pourquoi le monde entier bruisse des déclarations de l'ayatollah qui estime que les jeunes filles légèrement vêtues provoquent la colère divine et donc des tremblements de terre, mais personne ne s'intéresse au type de la commission des droits de l'Homme de Jacksonville qui pense que si on laisse les homosexuels se marier ou les musulmans être élus, il ne faut pas s'étonner de se retrouver avec des tempêtes et des tremblements de terres sur les bras ?)

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vendredi 16 avril 2010
in All Of Me

Rude semaine

[Avertissement : Contient des choses pas joyeuses du tout.]

Me voilà clouée au lit depuis mardi soir avec une saleté de sinusite qui m'empêche de respirer en paix et me laisse juste assez d'énergie pour me lamenter que ce n'est pas comme ça que je vais finir ma thèse (mais pas assez pour faire quoi que ce soit de constructif ; j'arrive à peine à rester suffisamment debout pour me faire à manger ; heureusement que j'ai deux colocs à disposition pour me filer un coup de main).

Mercredi dans l'après-midi, j'ai appris qu'un thésard de ma connaissance avait disparu samedi matin. J'ai rejoint le groupe Facebook visant à faire passer le message et échanger de potentielles informations.

Jeudi soir, un corps a été retrouvé sur le campus, près de l'observatoire, à deux pas de chez moi. Ce matin, le verdict de suicide par auto-asphyxie au moyen d'un sac plastique est tombé, mais l'état de décomposition du corps retardait l'identification. Ce soir, du fond de mon lit, j'ai appris que des élèves avaient identifié le corps comme celui du thésard disparu.

Ce n'était pas un ami, mais un gars sympa et effacé qui venait régulièrement aux réunions du club de swing et avec qui j'avais plus dansé que discuté, ce qui ne m'avait pas empêché d'apprécier nos rares conversations. Le choc en est forcément moindre, mais pas pour autant négligeable.

Les sinus en feu, je suis trop mal en point pour rejoindre les membres du club ce soir autour d'un verre de commémoration, et fais donc en solitaire mon deuil de cet élève brillant, aimé de tous, manifestement connu de si peu.

Ambiance.

mercredi 7 avril 2010
in Stormy Weather

Conte cruel (2)

Avant propos : Quelqu'un aurait pu me faire remarquer que j'avais écrit « compte » au lieu de « conte » dans le titre du billet précédent (erreur désormais immortalisée dans l'URL que je n'ose changer).

L'affaire continue.

Tout d'abord, au cas où vous n'auriez pas lu les commentaires, mon Ange m'a fait remarquer que la demoiselle qui a assisté au faux bal de prom' n'était pas la petite amie de Constance, mais une autre jeune fille, les parents de la première ne voulant pas la laisser se rendre à la fête en question. Je doute qu'ils aient uniquement cherché à protéger leur fille des quolibets des autres étudiants.

J'ai ensuite lu le témoignage d'une des camarades de classe de Constance. Comme quoi si Constante n'avait pas tellement essayé d'attirer l'attention sur elle, n'avait pas attaqué le district alors que ses camarades n'étaient pas vraiment pour, ils n'auraient pas eu besoin de faire une fête à part sans la drama queen de service pour tout gâcher. Et que vraiment, c'est dégueulasse que maintenant on leur en veuille pour autant ! Ils trouvaient juste qu'il n'y avait pas de raison pour qu'elle puisse jouer la carte de la discrimination pour obtenir ce qu'elle voulait ! En clair, si elle n'avait pas fait chier le monde à vouloir gâcher leur bal en s'y ramenant avec sa copine au lieu de se trouver un mec pour l'occasion ou de rester cloitrée chez elle, on en serait pas là.

Je suis ensuite tombée sur un album photo sur Flickr, retiré depuis, une collection de captures d'écran des pages Facebook des camarades de classe de Constance qui les avaient laissées en accès public. J'ai cliqué sur une, puis deux images, puis le sentiment de voyeurisme s'est mêlé à l'atterrement créé par ce que je lisais, et j'ai fermé la fenêtre. Je me souviens néanmoins d'un des statuts, cette citation de Terry Pratchett, The problem with having an open mind, of course, is that people will insist on coming along and putting things in it (Le problème, quand on a l'esprit ouvert, bien sûr, c'est que les gens insistent pour se ramener et mettre des choses dedans), utilisée manifestement sans la moindre de l'ironie originale de l'auteur[1].

Parmi les histoires qui remontent à la surface (c'est dingue ce qu'on trouve dès qu'on commence à remuer la vase des États du Sud), celle de Derrick, du lycée de Bleckley County, situé à Cochran, en Géorgie. Lui a obtenu le droit d'amener son petit ami au bal de prom', mais ce sont les autres lycéens qui manifestent pour l'en empêcher. Le problème ? Oh, ce n'est pas que Derrick soit homosexuel, ça, ça ne les dérange pas ; c'est juste qu'avec toute l'attention portée par la presse à cette affaire, après, les gens vont croire que la ville de Cochran est pro-homos, et il faudrait voir à ne pas pousser le bouchon trop loin. Une des étudiantes ne lui reproche pas d'être gay, non, pas du tout, c'est juste le fait d'attirer l'attention sur lui comme ça, et puis, elle ne va pas danser au milieu de pédés pour son bal de prom' !

Notons au passage que (1) ses parents l'ont viré de chez eux et (2) son père est l'« enseignant de l'année » du lycée. Ça ne s'invente pas.

Et puis au cas où on croirait qu'il n'y a que le Sud, il y a aussi l'histoire de Phoebe, étudiante irlandaise du lycée de South Hadley dans le Massachussets, poussée au suicide par ses camarades qui la harcelaient. Comme quoi c'est vraiment pas difficile, d'être différent.

Y a des jours comme ça ou il n'est vraiment pas facile d'éprouver la moindre sympathie pour la race humaine.

Notes

[1] Je ne suis pas sûre que le lien marche, mais on peut consulter le passage correspondant sur Google Books.

Je lis

Surtout des polars. À l'occasion, des romans de fantasy loufoque, du théâtre, de la littérature chinoise traduite en italien (j'ai des amis formidables), des vrais livres bien écrits.

J'écoute

of Montreal, Caravan Palace, the Ditty Bops, Dango Reinhardt, the National, Minor Majority, Léo Ferré, Beethoven, Sonny Rollins, Laura Marling, Erlend Øye, Hjaltalin, Sufjan Stevens, Yuri Bashmet. Entre (nombreux) autres.

Je suis

occupée ouh là beaucoup très très, enchantée par Oscar Wilde (One should always be a little improbable), vaguement improbable, toujours aussi liberté, égalité, schtroumph 1er (merci Plantu).

Pensée profonde

"Partir, c'est mourir un peu. Mais mourir, c'est partir beaucoup."
[Alphonse Allais]

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