J'ai signé mon contrat avec la Grande Compagnie Informatique mais je n'ai plus eu de nouvelles d'eux depuis, surtout pas en ce qui concerne mes billets pour Tel-Aviv (on m'a juste dit d'attendre que les autorités compétentes me contactent). J'ai été mise en contact avec une dame dont la mère loue une chambre dans sa maison tout près de là où je travaillerai, mais la dame ne m'a toujours pas recontactée et je n'ai donc pas d'endroit où loger. Tiens, d'ailleurs, je n'ai pas eu de nouvelles récentes ni de mon permis de travail ni de mon visa.

Mon cobural et collaborateur sur un gros projet soutient sa thèse demain. Je suis à peu près certaine que nous avons couvert le maximum pour pouvoir nous débrouiller sans lui, et tout aussi sûre que la première embrouille non prévue va nous tomber dessus sous dix jours. Par ailleurs je travaille sur deux papiers à soumettre dans huit jours à une Très Chouette Conférence, les deux sur le même autre gros projet. Je suis à peu près certaine d'avoir fait le plus gros des expériences, et tout aussi sûre de me retrouver à trafiquer du code à vingt-quatre heures de l'échéance. En même temps, je mets au parfum la thésarde qui va m'aider pendant l'été à poursuivre tout un tas de pistes que j'ai à moitié dessinées ; évidemment nous rencontrons tout un tas de difficultés techniques, car le squelette de la bête est très sensible aux paramètres de son environnement. Pour couronner le tout, je n'ai pas pu résister à l'invitation de certains thésards de mon labo à participer avec eux à une compétition de fouille de données[1], et me retrouve, du fait probablement de mon ancienneté (dès que cobural aura ses signatures, je serai la doyenne des thésards de mon labo !), en position de chef d'orchestre.

J'essaie de consacrer un peu de temps chaque jour à mon apprentissage des bases de l'hébreu, dont la structure grammaticale me laisse encore un peu perplexe. Mon vocabulaire n'est pas encore très étendu, mais les bases (ordinateur, Internet, courrier électronique, téléphone portable) sont couvertes ! Manifestement ma méthode est destinée aux ingénieurs télécommunicants. Je m'inquiète un peu d'avoir appris à demander du thé, du café ou de la bière, mais pas où sont les toilettes.

J'ai bien évidemment des tas de détails administratifs à régler dans tous les sens. J'ai ainsi eu le plaisir de découvrir que le centre international ne signait les formulaires I-20 (ceux qui disent « Oui monsieur le garde frontière, nous attendons cette jeune et espiègle demoiselle dans notre université, université dans laquelle elle n'apprend pas à piloter des avions pour les flanquer dans des gratte-cieux, promis. ») que le mardi et le jeudi entre 14 et 16 heures. (J'ai bien lu les petits caractères mais la phase de la lune ne semble pas influencer ces horaires, ce qui est fort surprenant.) Je m'y suis donc rendue de toute urgence cette après-midi et tout s'est bien passé, même mon extorsion de la promesse que si ma copine K venait le lendemain avec tous ses papiers prêts, elle obtiendrait sa signature en dehors des sacro-saints horaires en raison de son départ imminent.

Mes copains croient que je me fais pousser les cheveux, en fait je n'ai juste pas le temps d'aller cher le coiffeur. Il faut bien avouer que vu le mal que j'ai à me faire comprendre de tout coiffeur qui ne soit pas celui qui officie à deux pas de chez mon père à Paris et qui est manifestement le seul sur la planète à me dégager la nuque au maximum quand je demande « le plus court possible sur la nuque » plutôt que de m'en laisser trois ou quatre centimètres de trop « parce que sinon je n'aimerai pas », je manque aussi de courage. Comme ma frange me tombe dans les yeux, j'ai ressorti quelques barrettes poussiéreuses et des bandeaux que je n'ai jamais utilisés. Le tout me va hélas assez mal.

J'ai à peine le temps de jouer avec mon Kindle2 tout neuf qui va remplacer les quintaux de livres que j'ai pour mauvaise habitude de trimballer avec moi en terre estrangère. Tout ce qu'il me reste pour me détendre, c'est quelques heures grappillées ici et là à danser le swing — le tango argentin ne marche pas aussi bien car je suis encore une grande débutante de même que la plupart de mes partenaires, qui se plaignent de la taille de mes enjambées alors que je n'y peux rien s'ils sont courts sur pattes ; quant au yoga ses effets positifs sont contrebalancés par le fait qu'il se pratique malencontreusement avec d'autres gens dans la salle, des gens qui sentent le jus de chaussettes, ou des gens qui sentent la bombe de WC désodorisante (y a dû avoir confuse avec le déodorant, c'est juste pas possible comme parfum), ou des gens qui font la respiration Ujjayi, que c'est peut-être très bien pour le dedans de ton toi-même, mais que pour les autres gens ça ressemble surtout à quand ton père / garçon de compagnie / amoureux / mâle de passage te dit que non pas du tout il ne ronfle pas, juste il respire fort, d'ailleurs il ne dort même pas.

Et mon séjour en France s'annonce comme un parcours du combattant: des tas de gens à voir, des documents à aller chercher à l'ambassade d'Israël, du boulot à y faire sans aucun doute, plus l'achat et installation d'un nouvel ordinateur pour ma maman (j'hésite : vu que de toute façon c'est ça ou l'apprentissage de Vista, je la passe à Ubuntu directement ? J'ai un peu peur de devoir constamment faire hotline à distance, mais vu que j'ai utilisé Vista moins de dix minutes dans ma vie, j'ai plus de chances de faire hotline efficacement pour Ubuntu, finalement. Après tout, il me semble qu'elle préfère rester tard au boulot plutôt que de ramener des documents µ$ Office à la maison comme elle le faisait avant, si je lui trouve un équivalent satisfaisant de son logiciel de retouche photo, qui n'est pas 'toshop mais un truc dont j'ai oublié le nom, ça devrait bien se passer... oui j'aime bien me raconter des contes de fée, ça m'aide à dormir la nuit. Fermons cette longue parenthèse en précisant que l'une des raisons qui motive l'achat d'un nouvel ordinateur est le décédage des ports USB de l'actuel, je vais donc m'amuser pour transférer ses données, ouh là que du bonheur. Oui, je sais, au pire je branche le disque dur en esclave, mais pour suggérer ça d'un ton aussi léger il faut ne m'avoir jamais vu manipuler les entrailles d'une quelconque bestiole électronique).

C'est pourquoi j'envisage un pique-nique au parc Montsouris (où ailleurs, si les arguments pour l'ailleurs sont valable) le samedi 13 juin et pousse la folie jusqu'à vous proposer d'y participer. Faites-moi donc savoir dans les commentaires ou directement en cliquant sur « Contact » en haut de la page si vous êtes partant ! Par ailleurs, je suis à la recherche d'un plan B en cas de pluie, vos idées sont donc les bienvenues.

Notes

[1] data mining pour ceux qui préfèrent l'anglais